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  • Rosula Blanc

Tsarang II

Mis à jour : 28 août 2019

Jeudi matin, Tsarang ne mange toujours pas. Je demande qu’on fasse un examen de sa bouche pour être sur qu’il n’y a pas un problème mécanique qui l’empêche de manger. Les radios ne montrent rien de suspect. En rentrant de la salle d’examens nous faisons un détour par la cour intérieure où il y a un petit gazon entre les buildings. Tsarang lèchouille un peu l’herbe, mais c’est pas une herbe à yaks, il ne mange pas plus. De retour dans son box je demande qu’il soit libéré (il a été tenu attaché toute la journée et nuit pour qu’il ne s’emmêle pas dans les tuyaux de l’infusion et pour qu’on puisse l’approcher facilement), il doit pouvoir bouger et se relaxer. Il dort, mais il ne mange pas. Je passe la soirée à côté de lui assise sur un bidon dans le couloir, la porte du box entre-ouverte. Un rayon de lumière effleure sa mâchoire, un signe plein de beauté, plein d‘espoir.


Je lis et quand la lumière devient plus faible à la tombée de la nuit, j’écoute une émission sur mon téléphone. Tsarang se couche à un mètre de moi et pose sa tête sur la botte de paille qui est à l’entrée du box comme si il écoutait l’émission avec moi. Paisible il somnole un moment. Quand il rouvre les yeux, il renifle et prend avec sa langue une poignée de foin devant lui qu’il mâche longuement. La première grande bouchée de foin qu’il mange! Et il se rendort, sa tête posée contre la botte de paille comme un grand chien. Il y a une profonde connexion entre nous et pour un moment il semble se sentir en sécurité et pouvoir relâcher un peu.


Comme les vétérinaires ne peuvent plus rien faire pour lui et que Tsarang refuse de manger dans cet environnement, ils nous laissent rentrer le lendemain matin en espérant qu’il recommencera à manger dans un environnement connu. Tsarang sait qu’on va rentrer, à chaque fois qu’on ouvre un peu son box, il pousse son museau à travers la fente impatient de sortir. Il fait le tour de son box et grimpe sur la botte de paille pour mieux voir ce qu’il se passe dehors.


Enfin nous pouvons partir. Arrivés à la Giette je le descends vers l’écurie de la fontaine. Tout de suite il commence à manger un peu de foin.


Avec Anuun nous dormons encore une nuit à côté de son paddock pour qu’il ne soit pas seul.


Le lendemain je monte à l’alpage et Pierre m’aide à ramener Kubilai. Avec la calme présence de Kubilai je laisse sortir Tsarang dans le pâturage. Il broute un peu de-ci de-ça comme si il goûtait les différents essences des herbes. À la tombée de la nuit, il hume longuement les odeurs de la montagne. C’est comme si tout son corps s’ouvrait à la nature qui l’entoure et retrouvait sa place.


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