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Trek avec des yaks au Kham

  • Photo du rédacteur: Rosula Blanc
    Rosula Blanc
  • 18 sept. 2025
  • 11 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 oct. 2025

Partie en Chine dans les contreforts du Tibet parce que on ne me laissait pas voyager avec Naulekh à l'étranger comme planifié depuis des mois, j'ai fait un trek avec deux yaks et un guide indigène au Kham, dans le "grassland" du Lhagang, situé dans la province chinoise du Sichuan. Le trek était organise par  la « Khampa Nomad Ecolodge » de Angela Lankford et son mari Djarga.


Mon guide, Sendup est venu prendre les bagages et l’équipement du trek le matin au lodge avec deux de ses chevaux. Moi, je monte le soir avant le trek vers la tente de sa famille. Angela m’a indiqué le chemin. Je trouve la tente sur la plaine au sommet des collines après une bonne heure de marche. Quand j’arrive, fin de l’après-midi, c’est normalement l’heure où les nomades ramènent leur troupeau vers le camps pour rentrer les veaux pour la nuit. Partout dans les collines on voit ce mouvement des troupeaux qui se dirgent ,vers leurs tentes respectives, mais seul autour de la tente de Sendup il n’y a pas de yaks en vue. Ça fait un long moment jusqu’à ce qu’on voit apparaître des petites taches noirs monter depuis le creux de la vallée, ramenées chez eux par le grand-père. Les yaks ont du s'éloigner beaucoup pour brouter aujourd'hui. Chaque nuits les veaux de l’année sont rentrés dans une tente où ils passent la nuit attachés. Cela les protège des attaques du loup, mais les sépare aussi des mères ainsi qu’elles auront du lait pour la traite du matin.


Ambiance du soir: un voisin et son fils ramènent un yak fugeur
Ambiance du soir: un voisin et son fils ramènent un yak fugeur

Après que les veaux sont attachés dans la tente, le troupeau se disperse de nouveau dans les alentours en broutant. À la tombée de la nuit, le grand-père part d’un pas tranquille et régulier, suivi de ses deux petits enfants de cinq et sept ans, faire un grand cercle pour rapprocher encore une fois les yaks du campement. D’un immense calme, juste avec sa présence et de temps en temps des sifflements, il rappelle aux yaks de se rassembler pour la nuit. C’est beau de voir les enfants le suivre dans ses pas et apprendre le rapport au troupeau.


De même, quand nous nous retrouvons à l’intérieur de la tente pour le repas du soir et il y a un yak qui se frotte dans les cordes d’amarrage de la tente, la grand-mère incite les enfants à sortir chasser le yak, dès tout petits, ils apprennent à s’imposer.


Dès tout petits aussi, à peine qu’ils peuvent marcher, ils commencent à monter à cheval. Monter à cheval devient leur deuxième nature et les nomades n’arrivent pas à s’imaginer que cela puisse poser problème à quelqu’un ou créer des douleurs. Le cheval est facile et naturel pour eux, pendant qu’ils ont l’impression que gérer un yak est plus avancé et dangereux.


Les enfants chassent les yaks curieux
Les enfants chassent les yaks curieux
Victoire!
Victoire!

Au réveil, là grand-mère va attacher les dri qui se sont rassemblées et s’appellent avec leurs veaux toujours enfermés dans la tente. Elle revient préparer le thé pour le petit déjeuner de Tsampa avant d’aller traire. Il y a des vaches qu’elle peut traire facilement et d’autres où elle doit d’abord laisser sortir le veau de la tente et le laisser téter quelques gorgées pour que la dri donne son lait.


La grand-mère rattache un veaux après l'avoir laissé téter quelques gorgées
La grand-mère rattache un veaux après l'avoir laissé téter quelques gorgées

Sendup part à cheval chercher nos deux yaks de treks. Avec le mouvement rapide du cheval il les sépare des autres yaks et les chasse vers la tente.

Pour les attacher, la grand-mère leur tend une petite friandise de sel. On habitue les veaux à ce geste quand on les attache le soir : on leur donne un peu de sel en récompense. Le même geste est aussi utilisé pour approcher les dri pour traite. Cela devient le geste pour pouvoir les attacher car autrement les nomades ne touchent guère leur yaks


C'est la grand-mère qui a le contact le plus facile avec les yaks, ici elle ramène Giessi en lui proposant un peu de sel.
C'est la grand-mère qui a le contact le plus facile avec les yaks, ici elle ramène Giessi en lui proposant un peu de sel.

Nos deux yaks, Gamar (tête blanche) qui a environ 12 ans et Giessi (queue blanche), environ huit ans, sont pas habitués au toucher, mais sont assez docile à se laisser bâter et charger.

Sendup les attache ensemble avec une corde, nous montons à cheval et tout de suite c’est parti. Les yaks partent en galop et nous à cheval à leur poursuite pour éviter qu’ils ne rentrent vers leur troupeau. Course poursuite, couper le chemin au yaks, les retourner dans la bonne direction et ainsi de suite. Je connais cela de mes essais de séparer deux yaks du troupeau, c'est toujours le même débacle, sauf que nous sommes à pied! Les yaks n'aiment pas partir seuls de leur troupeau et essaient tout pour revenir en arrière. Dans ce paysage vaste cela aide d’être à cheval. Je pense à pied nous n’aurons eu aucune chance à les séparer de leur troupeau et les mettre en marche. Je comprend aussi pourquoi Sendup les a attaché ensemble, ainsi il peut les gérer comme une entité, car si un partirait à gauche et l’autre à droite, nous aurons perdu...


Ça sera chaque matin un peu la même chose, à peine posé les fesses sur le cheval, celui-ci part déjà en galop à la poursuite des yaks qui essaient de prendre le chemin de retour. Il semble que c’est le style ici et ces courses poursuites amusent beaucoup les nomades. C’est un jeu pour eux, pendant que pour moi c’est toujours un peu déconcertant de partir à grande vitesse à travers un terrain accidenté que je suis à peine installé sur mon cheval. Je ne suis plus montée à cheval depuis trente ans et de commencer les journées en course poursuite avec des changements de direction brusques n’est pas évident… Mais je peu comprendre que cela plaise aux nomades.



Bientôt les yaks se rendent et trottent sur une piste à travers la steppe. Ils doivent trouver leur rythme et l’équilibre de leur duo relié par une corde. Pour moi, cela me semble un peu brute de les attacher ainsi ensemble et de les forcer à fonctionner en duo sans se prendre les pieds dans la corde ou rester crocher à un rocher… Mais ici c’est une pratique commune d’attacher deux animaux ensemble qui sont trop indépendants ou fugueurs, même dehors en pâture. Aussi, étant attachés chaque nuit depuis leur plus jeune âge, les yaks connaissent la corde et s’y accommodent.


Après environ deux heures nous descendons des chevaux et je suis heureuse de pouvoir me dégourdir les jambes. Par contre je dois tirer mon cheval réticent derrière moi, ce qui me fait moins plaisir. Je passe la longe à Sendup pour pouvoir marcher un moment avec les yaks. J’aimerais faire leur connaissance. Je me sens plus à l’aise de communiquer avec les yaks à pied et je passe un moment heureux à marcher avec eux en les guidant de derrière et les laissant se calmer et trouver leur rythme à travers ma présence. Ils sont très fins, très sensibles. C’est beaux d’être avec eux.


Nous traversons des étendues vides, les pâturages d’été que les nomades ont déjà laissés derrière eux. Ce premier jour sera le jour le plus solitaire avec pas de rencontres humaines. Mais ce n’est pas un paysage sauvage, c’est évident que tout a été pâturé. Les collines sont habitées et utilisées partout par les nomades et leurs troupeaux. Même que tout est vaste, la vrai solitude n’existe pas ici.



A un moment Sendrup descend de son cheval et m’indique de faire de même. Il me donne la longe de son cheval, monte sur le mien, m’indique de rester avec les yaks et s’éloigne au galop. Où va-t-il? Je ne le sais pas. Je m’empresse de barrer le chemin au yaks qui se sont de nouveau retourné direction maison. Je m’assoie sur un rocher, laisse le cheval brouter et surveille les yaks. Je contemple ce vaste paysage couvert de petits buissons trapus, l’étendu immense du ciel avec les nuages qui passent à l’horizon. Ces nuages avec un fond plat comme sur les peintures Thankas.



Après quelque temps Sendup revient, le cheval chargé de deux sacs de bouses sèches. Il devait savoir qu’il y en avait une réserve dans les alentours et est allé en chercher pour le feu de ce soir. Je continue sur son cheval et me rends compte qu’il marche très vite (contrairement au mien qui est plutôt lent). Je comprends pourquoi il poussait constamment les yaks ce matin, c’est parce que son cheval a le pas plus vite qu’eux.



Nous arrivons au lac Yibei et debâtons nos animaux. Ce sera notre camps d’aujourd’hui . C’est un endroit magique au centre de la partie la plus haute du plateau. A l’horizon derrière le lac on voit à droite la chaîne du Gongga Shan ( Minya Konka) qui avec 7556m est la troisième plus haute montagne en dehors de l’Himalaya. A gauche il y a le massif plus proche du Zhara Lhatse (5820m), montagne sacrée des Tibétains liée à Padmasambhava, une grande pyramide qui domine l’horizon.


Le lac Yibei et le massif du Gongga Shan à l'horizon
Le lac Yibei et le massif du Gongga Shan à l'horizon

Pendant que j’apprécie la beauté du paysage, les yaks, eux ont de la peine à se poser. Ils partent en broutant direction leur "maison", Sendup doit les rechercher en courant deux fois. Alors il les attache à un buisson. Gamar, qui est entre l’attache et Giessi, se fait trimbaler et tirailler dans tout les sens. Il broute à peine, ne se couche pas et fait une tête malheureuse. Avant d’aller dormir, Sendup déplace encore une fois les yaks et les chevaux et les attache plus proche de nos tentes. C’est seulement la nuit que finalement les yaks se relaxent en ruminant à côté de nous.



On s’imagine que « le Grassland » se ressemble, mais chaque jour de notre trek le paysage a des nuances différentes et uniques. C’est vraiment un beau parcours varié. Cette deuxième journée nous traversons des grandes étendues marécageuses (la topographie du haut plateau avec beaucoup de marécages ou pairies bosselées est une des raisons que c’est plus facile de voyager à cheval qu’à pied) pour rejoindre un point culminant avec une belle vue au loin où nous faisons notre pause midi. L’après-midi, nous longeons des falaises ou niches des vautours en dessus du lac sacré de Ragni. Le camp du soir sera dans une combe entre deux grands troupeaux de yaks et de chevaux. Avec tout ces yaks autour de nous je suis en soucis pour nos deux yaks attachés. S’ils se font attaquer par les autres yaks, ils ne peuvent pas se défendre. Mais cela se passe étonnamment bien. La plupart des yaks ne font pas attention à nos deux garçons, sauf un jeune taureau gris foncé qui insiste à leur tourner au tour en aboyant et que je dois chasser plusieurs fois jusqu’à ce qu’il abandonne et laisse nos garçons se reposer.



Nous avons passé deux jours splendides et lumineux. Cette nuit il commence à pleuvoir et le matin le ciel est chargé de nuages. Mais la brume montre un nouveau aspect du paysage qui a aussi son charme et sa beauté unique.


A gauche, à l'horizon, la pyramide du Zahra Lhatse
A gauche, à l'horizon, la pyramide du Zahra Lhatse

De jour en jour les yaks marchent mieux, leur tandem devient de plus en plus harmonieux. Giessi est toujours légèrement en tête, c’est le leader, un animal intelligent et sensible. Gamar est un peu moins a l’aise et subit plus. Mais c’est un brave yaks qui commence à se laisser toucher par moi, tout étonné que ce n’est pas pour le chasser en avant.



Comme nous suivons une piste, c’est plus aisé à marcher aujourd’hui et j’en prend du plaisir. Les pentes sont douces, donc ce n’est pas trop fatiguant malgré l’altitude. Nous nous approchons du bord du plateau, on voit des vallées et chaînes de collines boisées à l’horizon. Plus proches des villages, il y a de nouveau du réseau téléphonique et mon guide passe son temps sur son téléphone à discuter avec amis et famille ou en écoutant des clips bruyants en chinois ou tibétain. Ah, il ne faut pas être à la recherche du silence en voyageant ici! Je commence à en avoir marre de ces voix hystériques qui hurlent dans mes oreilles et comme Sendup ne veut pas me laisser marcher tranquillement avec les yaks, mais reste constamment dans mes pieds avec son cheval (et son téléphone), je prend de la distance et traîne loin derrière pour jouir d’un moment de paix avec le paysage.


Sendup et le téléphone...
Sendup et le téléphone...

Nous arrivons a Genup Gompa un petit complexe de temples au bord du plateau.



Il n’y a personne.

Nous debâtons les animaux et les attachons au mâts de prières derrière le temple.



Sendup rentre dans la cour-jardin du monastère et m’indique que je peux y monter ma tente. Un moment plus tard arrive un moine dans une grande Toyota et va ouvrir les bâtiments. Il fait un feu dans le poêle en fonte de la grande cuisine-salon et nous invite a l’intérieur. Le ciel s’est assombri et au loin grogne le tonnerre. La pièce se réchauffe, c’est une belle ambiance ici dans le monastère même que je ne comprends rien de la discussion des deux hommes. Mais ce n’est pas grave, les gens sont souriants et accueillants ici. On se sent à l’aise. De temps en temps, nous échangeons en pantomime avec le moine et je lui montre une petite vidéo de mes yaks sur mon téléphone.



Le matin, pendant que Sendrup prépare les bagages, le moine m’indique d’aller chercher les yaks avec lui. Nous montons vers eux et le moine détache la longue corde pour les chasser en bas. Mais je me rends vite compte qu’il en a peur et ne sait pas trop comment les retenir, alors je m’empare de la corde pour vite les fixer à un autre poteau proche du portail. Ça m’a fait plaisir que le moine semblait avoir confiance dans mes capacités de gérer les yaks, pendant que Sendup ne me laisse carrément rien faire. Oui, par moment cela a été triste pour moi d’être dans la position de client, j’aime trop le lien et le contact que j’ai avec mes propres yaks.



Aujourd’hui c’est le dernier jour. Nous rentrons par monts et vaux vers le village de Sendup. Le paysage est plus accidenté aujourd’hui, plus de pierriers, de montées et de descentes, de traversées de torrent et de traversées de troupeaux. Je suis étonnée combien ces traversées de troupeaux se passent calmement. En général les yaks ne réagissent à peine. Mais à un moment Giessi ne veut absolument pas passer à côté d’un petit groupe de trois yaks. Quand Sendup le pousse quand même d’y aller, le taureau fait un mouvement d’attaque pour défendre la femelle en chaleur dont il s’occupe. Je suis fasciné de voir que Giessi avait compris de loin qu’il ne fallait pas s’approcher et aurait évité le groupe si on l’aurait laissé faire.



Arrivés à la ferme de Sendup (l’habitation d’hiver), les yaks et chevaux sont lâchés. Il vont retrouver leur troupeau qui est encore dans les collines par eux mêmes. C’est beau - et aussi un peu triste- de voir nos compagnons de voyage s’éloigner en broutant. Libres de nouveau!


Libres!
Libres!

C’était une très belle sortie, un parcours varié et intéressant. Très bon encadrement par Sendup, très bonne cuisine, bon matériel. En effet, cela ressemble beaucoup à nos trek, en longueur d’étapes d’environ 12-15km, un départ vers 10h et une arrivée au camps vers 16h. Seule différence que cela se passe à cheval ici, avec le côté joyeux et facile de se faire porter, mais aussi avec le côté douloureux pour tout ceux qui n’ont pas l’habitude de passer des journées entières à cheval.


Plus tard, en discutant avec Angela, nous nous rendons compte que nos offres respectives de treks avec des yaks sont probablement presque les seuls au monde (!!). J’aurais pensé qu’il y aurait beaucoup plus d’offres de treks avec des yaks en Himalaya, mais il semble que non, tout le monde préfère les chevaux qui sont plus faciles à gérer.


Avec la construction des routes, les caravanes de yaks disparaissent de plus en plus.

Ici dans la région de Tagong, les dernières caravanes de yaks qui descendaient vers Kanding datent des années cinquante du dernier siècle, de l’époque des grand-parents de Djarga. Aujourd’hui les nomades utilisent les yaks que pour le déplacement de leurs camps, pas pour des voyages plus long. C’est probablement la même chose pour la plus part des yaks en Chine, au Tibet et en Mongolie. Au Nepal, les yaks sont utilisés pour monter du matériel au camps de base de l’Everest, mais je ne connais pas d’offre de treks avec des yaks. Au Dolpo existent encore des caravanes de yaks, mais là aussi, je ne saurais dire s’il y a une offre de treks avec des yaks. Nos amis de Rigzen Zanskar proposaient des treks avec des yaks, il y a quelques années, mais il me semble que cela ne se fait que rarement…



 
 
 

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