Sur la route du thé et des chevaux
- Rosula Blanc

- 4 oct. 2025
- 4 min de lecture
Pour me rendre à Chengdu, à la fin du séjour, j'ai choisis de faire la première partie jusqu'à Kangding à pied sur l'ancienne route des caravanes. Comme déja mentionné dans un blog antérieur, les caravanes de chevaux et de yaks ont disparu de la région dans les années cinquante quand les Chinois ont commencé à construire les grandes axes routières. Djarga, le mari d'Angela, se souvient vaguement que ses grand-parents étaient encore descendu à Kangding pour échanger des marchandises, probablement du beurre et des peaux contre du thé.
Pendant mon séjour au Khampa Nomad Ecolodge, j'ai pu contempler la grande pyramide du Zhara Lhatse (5820m) à l'horizon dans toutes les nuances de lumière.

Au fil du temps cette montagne a réveillé une curiosité de plus en plus forte en moi.
J'ai eu vraiment envie d'aller voir. Le Zhara Lhatse (aussi appelé Haizi Shan ou Yala Snow mountain) fait partie des monts Hengduan qui s'étendent en direction nord-sud, perpendiculaire à l'Himalaya. Le Zhara Lhatse est une montagne sacrée des tibétains lié à Padmasabhava.
Les premiers à avoir atteint son sommet sont l'alpiniste anglais Malcolm Bass et la Nouvelle Zélandaise Pat Dewall en 2006 par la face Nord.
Depuis Tagong le chemin traverse un col de 4775m pour arriver aux sources d'eau chaude au pied du Zhara Lhatse. Le chemin continue dans la réserve naturelle de Taizhangou sur le tour du Zhara Lhatse vers son lac sacré et descend ensuite la vallée direction Kangding.
Angela n'a trouvé personne qui voulait faire ce trek exigeant avec des yaks. Les tibétains pensent que leur onglons ne resistent pas au terrain rocailleux. C'est vrai que les yaks locaux des hauts plateaux se déplacent rarement dans de la caillasse, leur terrain est plutôt marécageux, donc leurs onglons doivent être plus mous et moins résistants.
Je suis donc parti à pied avec un guide et deux chevaux pour le portage.
En retrospective, je dois dire que ce trek ne poserait pas de problème pour mes yaks habitués à des terrains durs. Une partie des chemins sur les deux premiers jours est en effet très rocailleuse et ravinée, pas très plaisante à marcher, ni pour des humains, ni pour des animaux. Malgré tout je la juge faisable pour des yaks, à condition qu'ils puissent marcher librement et choisir ou poser leurs pieds (ce qui n'est pas garanti si les yaks sont attachés ensemble comme sur le trek que j'ai fait avec Sendup).




Mon guide me laisse partir devant à mon rythme avec un des chevaux. J'apprécie énormément cette libertée et je prends un grand plaisir à chercher le chemin dans la prairie. Je me retrouve dans mon élément, à lire la montagne et évoluer librement en compagnie d'un animal.



Quel contraste : à un côté du col les collines du grassland jusqu'à l'horizon, et de l'autre les pentes rocailleuses et alpines du Zhara Lhatse.


Après avoir monté ma tente, je pars à la découverte des sources d'eau chaude et je suis émerveillée : c'est une expérience incroyable de se trouver seule en montagne à se détendre dans de l'eau chaude après un col de plus de 4000m et de contempler la montagne sauvage à l'arrivée de la nuit! Quelle chance nous avons d'être seuls ici ce soir! Car ce ne doit pas toujours être aussi paisible, les déchets éparpillés tout au tour du camps raccontent leurs histoire de passages de touristes qui n'ont pas grand respect pour la nature... Ca commence avec les drapeaux et les papiers de prières et ça continue avec des déchets de tout genre: plastiques, bouteilles, emballages jusqu'aux casseroles et duvets....
Et c'est supposé être une réserve naturelle!


Le deuxième jour on doit souvent chercher le chemin dans la forêt. J'aime scruter le paysage pour trouver les traces, mais là je me suis vite rendue compte qu’il fallait juste regarder où il y avait des déchets plastiques pour savoir où les humains avaient l’habitude de passer…












C'était une magnifique fin de séjour, de partir par ces anciens chemins de caravanes, de redevenir passeuse de cols et de faire quelques kilomètres dans les monts Hengduan sur la route du thé et des chevaux.
Le "Chamadao" - la route du thé et des chevaux - était un réseau de chemins caravaniers formée par les échanges de thé et de chevaux entre la Chine et le Tibet depuis les dynasties Tang et Song jusqu'à la République de Chine. La branche nord, du Sichuan au Tibet s'étendait de Ya'an, dans le Sichuan, à Lhassa, en passant par Luding, Kangding, Batang et Chamdo, au Tibet, et se prolongeait jusqu'au Népal, à la Birmanie et à l'Inde. A l'époque, Kangding était une des plus grandes stations de transfert commercial. Le thé produit dans le bassin de Chengdu était porté a dos d'homme jusqu'à Kangding (Dartsedo) ou il était réemballé pour être transporté ensuite à dos de cheval - ou yak - jusqu'au Tibet







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