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  • Rosula Blanc

Les jours de silence

Mis à jour : avr. 28

Trois semaines de « confinement »…


Extérieurement, la situation actuelle n’a pas énormément changé ma vie. Ici à la Giette j’ai l’habitude de vivre en autonomie et en solitude pendant plusieurs semaines, donc c’est comme si je me trouvais en plein hiver quand la neige me coupe du monde et m’empêche de descendre pour donner mes cours de QiGong et TaiChi. J’aime ces moments de grand calme en hiver, j’aime revenir à l’essentiel de la vie, j’aime le silence…

La vie des paysans continue, il faut nourrir et s’occuper des animaux, et avec l’arrivée du printemps, il y a les clôtures à refaire, les prés à nettoyer… Seuls dans la vaste étendu de la nature j’arpente les pâturages…

Au début des restrictions j’ai fait une semaine de jeune pour - moi aussi - ralentir plus et plonger plus dans le silence en résonnance avec le monde. Au lieu de vider les magasins, ne serait-ce pas un moment pour réduire notre consommation ? Pour revenir à l’essentiel ? Pour affiner notre conscience ? Pour nous tourner vers l’intérieur ? Pour redéfinir nos valeurs ? Pour moi, de ne pas devoir prendre la voiture, c’était une belle occasion pour pouvoir jeuner. Le corps devient léger, les sens s’intensifient, le monde est lumineux et présent. L’esprit est clair …

Dans la médecine ayurvédique on parle « d’ama ». « Ama » sont toutes les substances qui encombrent l’organisme et gênent la fluidité de l’énergie intérieure, des « déchets » qui s’accumulent. Et toute accumulation est précurseur de la maladie. Cela peut être une accumulation de toxines dans notre corps ou de la nourriture mal digéré, mais aussi de l’accumulation mentale (un trop d’information, des pensées obsessionnelles ou répétitives), ou des émotions mal digérées – une « indigestion émotionnelle ». Et cet état intérieur se manifestera surement aussi dans notre environnement avec une accumulation matérielle.

N’est-ce pas un moment parfait pour faire le ménage ? Sur tous les niveaux ?

Ranger la maison, nettoyer les prés et pâturages, mais aussi faire le ménage intérieurement…

A la semaine de jeune, a suivi une semaine de retraite virtuelle offerte par Dr. Joe Dispenza à tous ces élèves avancés qui ont suivi des cours avec lui. C’était intense, touchant, magnifique. Seule dans le silence et en même temps relié à une communauté de environ 15 000 personnes qui suivent la même retraite au tour du monde.

J’ai passé le cap des cinquante ans à la mi-mars et cela aussi m’invite à marquer un temps d’arrêt. Si ce n’était pas possible de fêter extérieurement, c’est l’occasion d’aller profondément en moi-même et de me poser les questions : qu’est-ce que je prends avec moi ? Qu’est-ce que je laisse ? Qui suis-je ? Quelle sont mes valeurs profondes ?

Début mars, accompagner et soigner Kunlun pendant les derniers jours de sa vie où son corps luttait avec les calculs rénaux et marcher à côté de lui jusqu’au moment de sa mort, a été une expérience forte et difficile. J’ai fait de mon mieux dans le moment, mais rétrospectivement cela m’a permis de voir mes schémas intérieurs que j’ai autour de la maladie et la mort – un thème central dans ma vie comme j’ai perdu mes deux parents du cancer (mon père à six ans, ma mère à trente ans). Je me rends compte combien d’énergie nous perdons dans ces schéma, de l’énergie qui pourrait être libre pour être présent en amour et compassion sans jugement - n’importe la situation extérieure. Et cela me motive d'aller en avant pour déconstruire ces cages de l'égo brique par brique...

Tous ceux qui ne sont pas au front de la pandémie nous pouvons contribuer à cultiver le silence et l’ancrage en nous-mêmes pour pouvoir résister et atténuer la vague de peur de manque et de survie qui se répand dans le monde.

Alignement

Présence

Simplicité

Attention

Conscience

Gratitude

Ralentir et réduire

Aller en profondeur…



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