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  • Rosula Blanc

Julong

Dernière mise à jour : 25 janv.

Julong s'est envolé pour son dernier voyage aujourd'hui.

Bon voyage, Julong, toi le dernier des trois grands voyageurs de la Transalpine d'Evolène à Menton. Bon voyage, grand beau yak sauvage.

Toi qui était venu chez nous en estivage dans un petit groupe de boeufs destinés à la boucherie. Et je t'ai admiré tout l'été, toi qui étais souvent perché sur un rocher, la tête haute et fier, l'oeil vif comme un pur-sang. A l'automne, j'ai demandé si je pouvais te garder pour voir comment tu serais au travail. Tout l'hiver j'ai essayé de t'approcher. Tu venais toujours me dire bonjour en me flairant et je pouvais juste touché le bout de ton nez avec mon doigt, mais jamais tu ne m'a laissé approché ton coté. Comme un animal sauvage tu restait toujours en face, sur tes gardes. Je ne voulais pas te forcer ou te briser en t'attachant pour pouvoir te toucher. J'ai dit à tes propriétaires que si tu ne voulais pas être toucher, je te laisserais rentrer l'automne prochain avec les autres boeufs. A cette époque nous ramenions les boeufs à pieds à travers les cols. C'est sur le col de la Meina que Sonja m'interpellait: " Regarde!" Elle était à côté de toi et avait posé sa main sur ta croupe! Au dernier moment, tu as décidé que tu voulais travailler et sur le chemin du retour tu portais déjà ta première charge. Tu avais décidé, c'était bon!

Et après nous sommes partis sur cette grande aventure de la Transalpine... et plus tard dans le Gotthard... et tellement d'autres treks plus courts que nous avons fait avec les clients.

Grand Julong, Merci!


Hier soir, je suis sorti te voir. Il faisait nuit, il y avait un vent tempétueux. Je suis restée un long moment à côté de toi en silence à contempler la vallée devant nous. Cette tempête qui secouait mes habits et les branches des arbres autour de nous m’a transporté dans le temps et a ramené tant de souvenirs… Julong, te souviens-tu de la dernière nuit avant d'arriver à Menton au bord de la mer? De cette tempête violente qui menait sa danse déchainée dans la montagne? Me réveillant la nuit, j’entendais les rafales de vent s’approcher en hurlant et agitant les branches des arbres en dessus de notre camp avant de frapper la tente de toute leur force. Je n’ai pas dormi beaucoup cette dernière nuit de voyage - et vous probablement non plus. Je me souviens que vous, les trois yaks, aviez dormi serrés les uns contre les autres, ce qui est très rare…

Ou sur le Gotthard, Julong, te souviens-tu? Nous y étions arrivés trempés et fatigués après avoir traversé la caillasse du Passo di Lucendro dans le brouillard épais et froid. André était venu nous rejoindre et avait invité Sandrine et moi à dormir à l’hospice pendant que Nayan et toi avez passé la nuit dehors. Le matin je vous cherchais dans le brouillard épais, il y avait un grand vent et de la pluie. Tu avais mal ce matin là, tu boitais et nous avons arrêté l’expédition pour vous amener dans l’écurie d’un éleveur de yaks à Andermatt où vous étiez à l’abris et le vétérinaire pouvait examiner ton pied. Le mauvais temps avait continué et j’avais dormi avec vous dans cette vaste écurie un peu glauque avec le bruit du vent qui sifflait dans les tôles… je ne voulais pas vous laisser seuls….

Julong… autant de souvenirs… autant d’aventures… autant de voyages qui nous lient… Julong…. MERCI ! De tout coeur merci d’avoir eu le droit de partager ta vie, d’avoir eu le droit d’apprendre de ta beauté sauvage… Merci JULONG!



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