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  • Photo du rédacteurRosula Blanc

Prali - le camp dans la forêt

Dernière mise à jour : 25 nov. 2023

Il y a quatre jours, la première chose que je remarque quand je me réveille c'est la respiration légèrement accentué de Naulekh. Je lève la tête pour le regarder. Il est debout derrière la tente, la tête baissée. Il y a quelque chose dans son allure qui est différent que d'habitude. Je reste à le contempler un long moment. Je n'aime pas son énergie. "Qu'est-ce qui t'arrive Naulekh." Je sors de la tente pour aller vers lui. Il plie le dos quand je veux le toucher et me signale qu'il ne veut pas. Je continue à l'observer pendant le petit déjeuner. J'aimerais mesurer sa température mais il ne me laisse pas faire, il rue et donne des coups de pieds. Alors je me contente de faire de l'acupuncture pour les reins. Après quoi il urine longuement. Je suis soulagée, au moins pas de calculs rénaux ! Je le bâte, car, s'il ne va pas bien, de toute façon, il faut descendre. Parce qu'ici, à plus de 2500m, il n'y a ni réseau, ni accès, aucune possibilité de le soigner si cela devrait devenir plus grave. En partant je l'amène boire à la source. Nous commençons lentement, mais il suit bien et attentivement. Dans la descente très très raide, il ralenti pour aller à sa vitesse, s'arrêtant souvent, marchant à son rythme de marche et arrêt. Il fait chaud. La descente est longue. Arrivés enfin au fond du vallon, je le laisse baigner ses pieds dans la rivière pendant un long moment. J'aurais envie de m'y plonger aussi. Mon corps a tellement envie d'eau et de bain, mais l'endroit ne s'y prête pas. Alors je regarde Naulekh. Nous continuons très lentement sur la route. Il fait trop chaud!

Nous trouvons un campement plus bas dans la vallée. Heureusement, la journée n'a pas été trop longue pour Naulekh. Il pourra bien se reposer. Il somnole tout l'après-midi. Mais la nuit il broute un peu, cela me rassure


Le jour après il marche bien le matin. Je suis heureuse de partir ainsi avec lui en harmonie et de le sentir présent et motivé. Mais arrivés au petit col, c'est comme si son énergie c'était effondré subitement, d'un moment à l'autre il ne veut plus avancer. Son déplacement est d'une lenteur monstrueuse, chaque pas a l'air difficile, il s'arrête tous les dix mètres, tout semble qu'inertie et résistance. Je pensais de nouveau faire une petite étape ce jour là pour qu'il puisse bien se reposer, mais nous sommes au milieu de la forêt et n'avançons plus. C'est très dur à supporter... J'aimerais faire quelque chose, mais il n'y a rien qui se fait. C'est dur à rester calme, neutre, joyeuse et positive... Quand le chemin s'élargit et je l'attends un plus loin pour ne pas le bousculer, Naulekh se couche sur le chemin. Bon, je me pose à côté. Je vais essayer d'aller avec son rythme, nous ne sommes pas pressés. Je pensais arriver à l'étape tôt et lui laisser faire une grande pause, mais autant faire une pause dans la forêt et arriver plus tard.

Comme j'ai du réseau, ce qui est rare en montagne, je réponds à quelques messages et arrive même à sortir un livre et du chocolat des bagages pour m'installer en mode pause à côté de Naulekh qui dort.

"Tu as pris sa température? " me demande Candido par message.

"Non, il ne m'a pas laissé faire..."

Je me dis que je pourrais essayer encore une fois. J'y arrive et... il a plus de 40° de fièvre!

Incroyable! Et tellement compréhensible qu'il n'avance plus. Les pensées dans ma tête tourbillonnent. Comment faire? Idéalement il faudrait descendre au village qui doit être à environ une demi heure. Naulekh avance une centaine de mètres avant de refuser de nouveau. Juste à côté de nous, il y a une petite place dans la forêt, assez plate pour qu'il puisse se coucher et que je puisse y monter ma tente. Je debâte et laisse Naulekh se coucher dans les framboises. J'appelle Candido: "Crois-tu qu'on peut trouver un vétérinaire? " Il va essayer. J'installe le camps. Je lui donne de l'homéopathie et fait de l'acupuncture pour la fièvre. Candido me rappelle qu'il a trouvé un jeune vétérinaire qui pourrait monter le soir. Nous nous donnons rendez-vous devant l'église du village pour que je le guide vers Naulekh. La chose surprenante est qu'il y'a vraiment une piste où un 4x4 peut monter. C'est incroyable, après des semaines en montagne avec rarement du réseau. Naulekh tombe malade à un endroit où il y'a du réseau, un plat pour camper, de l'eau à cinq minutes de marche et même un accès rudimentaire en voiture!

Après avoir installé le camp et Naulekh, je descends au village et remonte avec le vétérinaire qui arrive avec sa voiture à côté de Naulekh dans la forêt. Il l'examine et dit que c'est une pneumonie probablement due à la chaleur et la fatigue. Il lui donne des antibiotiques (plus trois doses pour les jours à venir) et ordonne du repos. Et il repart. Nous voici donc dans la forêt, Naulekh et moi.

Je passe une matinée calme à côté de Naulekh à mettre quelques photos sur le site et à échanger avec Aurélie qui m'annonce que ses parents sont en vacances pas loin de nous et viennent volontiers donner un coup de main si nécessaire. Quand Naulekh se lève et vient brouter un peu sur la route, nous partons ensemble jusqu'à la fontaine à cinq minutes du camp. Sur le chemin du retour il se couche de nouveau sur la route. Il doit être encore épuisé de la fièvre. Assise à ses côtés j'appelle mon berger Florian qui a fait le trek de la desalpe avec le troupeau sans moi. Il me raconte comment s'est passé le trek. Après ce long téléphone, Nauelkh et moi repartons doucement vers notre camp. Je le laisse rentrer à sa vitesse. Je cuisine sur le feu et Naulekh va se coucher sous un arbre dans les framboises. J'ai rarement campé dans la forêt, j'ai plus l'habitude de l'espacé en dessus de la forêt, je la regarde. Ralentir encore plus. Rester à rien faire avec Naulekh. Passer le temps ensemble.

Naulekh passe la nuit sur "la route" où il y a un peu d'herbe pour brouter. Je me lève plusieurs fois pour aller le voir et démêler sa corde entre les arbres. Je vais même chercher de l'eau à la fontaine à la lampe frontale, parce que je sens que Naulekh a soif.

Les parents d'Aurélie, arrivés à Prali dans la soirée, nous ont négocié une place dans le camping. Je plie le camps et passe un moment à côté de Nauelkh à le regarder ruminer en attendant que les parents d'Aurélie nous rejoignent et que nous descendons ensemble.

Tout en douceur, avec beaucoup de petites pauses, nous amenons Nauelkh jusqu'au camping.



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