Rosula Blanc | La Giette - CH 1984 Les Haudères
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24.11.2011

Article Nouvelliste

Pari réussi pour les bergères

L'expédition a rallié le Valais à la Méditerranée en deux mois. Impressions de voyage.

Ils ont relevé le défi. En deux mois, Rosula Blanc, Sonja Mathis et leurs trois yaks ont rallié à pied Evolène la montagnarde à Menton la méditerranéenne. Entre les deux, 600 kilomètres, 37 cols, un glacier, de la neige, la sécheresse, des inondations, un bel apprentissage avec les animaux et une découverte de soi.

L'expédition est partie à la mi-septembre. Son objectif était multiple: tester les yaks en bêtes de somme comme dans les caravanes de sel actives en Asie, étudier l'éthologie de cet animal peu connu en Europe, exploiter son potentiel, conserver le savoir-faire des drogpa himalayens et soutenir les projets qui aident ces peuples à valoriser leur cheptel.

Des hauts et des bâts

L'aventure n'a pas été une balade de santé. Le passage grandiose sur glacier du col Collon à 3080 mètres d'altitude a constitué le point fort de l'itinéraire. Mais les yaks se sont rapidement fatigués. Puis la neige sur les cols du Mercantour a rendu la montagne plus intense. Au fur et à mesure que la saison avançait.

La roche friable et sèche du Queyras leur a valu une belle frayeur. "Un chemin de bisse s'est affaissé" , se souvient Rosula Blanc. "En dessous, il y avait un abîme de 500 mètres. Le bât a cédé mais nous n'avons rien perdu des bagages. Les pompiers de Briançon ont dû nous amener une corde pour tirer l'animal d'affaire."

Et pour couronner le tout, leur arrivée vers la mer a coïncidé avec les inondations qui sévissaient dans le sud de la France à cette époque. Les chemins se sont transformés en torrents. Et le romarin sauvage ou la lavande, peu goûtés par les yaks, ont constitué une maigre consolation. Sans parler de la Méditerranée qui ne s'est dévoilée qu'au dernier moment, brouillard oblige...

Un partenaire, le yak!

Au bout de l'aventure? Des trésors d'images et d'expérience. Et le début... d'un apprentissage! "Nous avons autant de questions à l'arrivée du périple qu'à notre départ" , esquisse Rosula Blanc en guise de bilan. "Penser maîtriser l'animal au bout de deux mois était une illusion." Les deux bouts de femmes ont néanmoins redécouvert quelques vérités limpides à propos du yak. L'animal est solide, très solide. Ses sabots fragiles, plutôt fragiles. Et sa résistance à la "chaleur" limitée, si par température on entend plus de 10°C. Têtu également si l'on ne comprend pas sa manière de fonctionner.

Pour Rosula Blanc, ça a été le déclic. "En fait, le yak est un véritable partenaire. On ne doit pas le dominer. Il est capable de gérer la difficulté, comme trouver le meilleur itinéraire sur quelques dizaines de mètres pour ne pas glisser par exemple." Partenaire à tel point qu'une des bêtes a transporté sur son dos un panneau solaire qui a notamment fourni les téléphones portables en énergie.

Belles surprises

Connaissance du yak et rencontres avec des gens vont de pair. Les animaux qui ne passaient pas inaperçus ont offert à leurs bergères des surprises, ouvert à des découvertes, engagé dans d'autres directions. Avec un accueil véritablement touchant en Valpelline voisine où des badauds en bordure de route ont encouragé l'expédition, rappelant quelque compétition sportive! En Tarentaise, des cantonniers sont venus au secours d'un poignet blessé. Un paysan, plutôt rétif au passage de ces bêtes étrangères, a rapidement aidé les deux filles en laissant paître les yaks sur ses pâturages. "Notre périple aux abords des villages a été plus facile que prévu" , se félicite Rosula Blanc. "L'échange entre montagnards était génial. Lorsqu'on récolte encore certaines parcelles de foin à la main, on se comprend tout de suite."

A leur rentrée en Valais, beaucoup ont souhaité aux deux femmes un bon retour dans le monde réel. Rosula Blanc a sa réponse. "Le monde réel, ce sont les deux mois passés dans les Alpes où l'on doit manger, dormir, marcher et se soigner pour arriver à bon port. On redécouvre les vraies priorités de la vie." Et la satisfaction de verser 8000 francs à deux organisations qui soutiennent l'économie du yak dans l'Himalaya. Les deux filles repartiront peut-être un jour mais, cette fois, vers les Alpes orientales .

http://www.yakshuloche.ch/

 

Par PASCAL FAUCHERE